La “disparition” forcée de personnes constitue une importante violation des droits humains. Pratiquée à large échelle pour terroriser des groupes impliqués dans des conflits politiques ou militaires, elle consiste en l’arrestation arbitraire, la séquestration, la torture, et le plus souvent l’assassinat de personnes dont la dépouille ne sera jamais restituée aux proches, ce qui permet de nier le crime. Outre les questions juridiques qu’elle pose, cette pratique barbare interroge les cliniciens aux prises avec les proches des “disparus” : les répercussions de ces actes creusent de profondes séquelles psychiques. Or, même si la souffrance engendrée ressort bien de la destructivité humaine, on peut se demander si elle ne relève pas davantage de ce que certains psychanalystes appellent les “deuils spéciaux” — que du traumatisme. Envisagée sous cet angle, la clinique du mal déborderait celle du trauma. Mais en tant qu’elle constitue une violation perverse du pacte social et symbolique que constitue universellement la ritualité funéraire, la “disparition” forcée de personnes pose également problème sur le plan anthropologique. L’on tentera de montrer que la prise en compte de l’interdit du cannibalisme sauvage comme prohibition majeure, au même titre que le meurtre et l’inceste, permet d’éclairer la compréhension que nous avons de la violation d’un droit humain fondamental, compris comme figure du mal dans notre monde contemporain.
2010
GILBERT Muriel· Articolo pubblicatoFrancese ·Fuori AIEMPR